Lundi il y a eu des larmes en maraudes.
Les miennes et les siennes.
Celles de cet homme que je n’avais jamais vu, qui ne parlait ni français ni anglais.
Mais qui m’a dit tellement avec ses yeux.
Il était âgé, il venait pour un repas, et je lui ai proposé des sous vêtements et un t-shirt car je voyais bien que ce n’était pas optimal ce qu’il portait.
J’achète régulièrement des sous vêtements que je donne en maraude et les vêtements sous ceux de mon mari.
J’ai pas posé de questions puisqu’il ne parlait pas français mais une fois que je lui ai donné j’ai vu ses larmes monter et son regard devenir fuyant.
Puis il y a eu son geste avec sa main pour m’envoyer un bisou pour me remercier et lui qui commence à fondre en larmes.

En vrai j’en parle peu ici des maraudes et pourtant depuis 7 mois j’y suis quasiment tous les lundis soirs.
Au début j’y suis allée sur un coup de tête sans savoir à quoi m’attendre. La boule au ventre, l’appréhension mais la sensation qu’il fallait que j’y aille.
Si au départ je pensais m’y rendre pour aider les autres, j’ai vite compris que ça m’aidait aussi moi.
Les maraudes m’ont aidé a prendre conscience de ma chance d’être en bonne santé, d’être entourée, de dormir dans un lit, de manger à ma faim sans avoir a attendre que des inconnus arrivent…

Ah les inconnus… Une bande pas toujours bien organisée mais remplie de bonne volonté pour aider ces bénéficiaires qui nous attendent de pied ferme.
On s’attache rapidement aux bénévoles et on se rend compte qu’on est tous complétement différents mais que le temps d’une soirée on se retrouve telle une bande de copains autour d’une envie commune, celle d’apporter sa pierre à l’édifice de cette maraude.
Celle d’aider ces gens.
Certains ont des rôles définis; d’autres improvisent, certains se créent des rôles (je pense faire parti de cette catégorie).

Car oui, moi mon rôle je l’ai créé en observant. Le premier soir c’était l’hiver. On servait du thé et du café mais il y avait des enfants alors ça me perturbait de n’avoir rien pour eux. Et puis 2-3 personnes m’ont demandé si on avait du chocolat et nous n’en faisions pas. Car oui, ce sont les bénévoles qui amènent et font ce qu’ils peuvent.
Durant la maraude, on distribuait des manteaux qu’un autre bénévole avait récupéré.
Mais au fil des conversations avec certains je comprends que ce qu’il aimerait ce sont des sous vêtements neufs…
« Ben oui c’est normal au final. Ce n’est pas parce qu’on ne les montre pas que l’on apprécie pas être avec des sous vêtements en bon état… Et puis c’est vrai que ça ne se donne pas ça les sous vêtements… Du coup ils font comment ? »

Et c’est ainsi que la semaine suivante j’avais commandé un thermos de 2L pour le chocolat chaud, un de 9L pour la soupe que l’on distribue car j’avais remarqué que les derniers l’avaient quasiment froide bien souvent et des sous vêtements.
Des chaussettes et des caleçons ainsi que des écharpes et des bonnets.

Au fil du temps, le chocolat chaud a du basculer dans le plus grand thermos car il est devenu la boisson la plus consommée de la maraude 🙂
Et je suis devenue la fille aux sous vêtements.

Ca fait pas rêver sur le papier mais moi ça me convient très bien.
Je suis ravie d’être cette fille là.
Si au départ certains avaient honte de m’en demander, maintenant ils savent qu’il n’y a pas de sujet pour moi et on a une petite relation qui se crée et qui à fait sauter des barrières.

Ah… Les relations avec les bénéficiaires. Ca aussi on pourrait en parler des heures.
Oui certaines sont de passage et je ne les reverrais jamais.
Oui certains ne m’adressent pas la parole et n’en ont pas envie.
Mais les autres… Je pourrais vous en parler encore et encore.

Je pourrais vous parler de G. mon papy préféré qui n’a quasiment pas de retraite et qui dort dehors depuis quelques mois en m’expliquant qu’il ne se couvre pas pour avoir un peu froid pour se préparer pour l’hiver dont il a si peur.
Que lorsque je lui dis que je ne l’ai pas vu la semaine d’avant et que ça m’a inquiétée, il a les yeux qui brillent en me disant que je suis la seule personne qui s’inquiète pour lui…
Je pourrais vous parler de cette famille de 4 qui vivent tous dans une seule pièce sans même un ventilateur. J’ai réussi à leur en trouver un alors qu’ils ne se plaignaient même pas. Et qui aujourd’hui nous a apporté des denrées pour la prochaine maraude pour nous remercier des repas dont ils bénéficient depuis des mois.
Vous parler de C. qui est en ancien travailleur social qui a basculé et qui essaie de remonter la pente et que je rêve de voir un jour côté bénévole plutôt que bénéficiaire.
De E. qui s’est vu retirer ses enfants et qui se bat pour les récupérer ♥️
De M. qui ne voulait même pas me donner son prénom au début et qui maintenant me raconte des blagues parce que j’ai gagné sa confiance.
De V. qui me demande tjs des vêtements car il se fait régulièrement voler ses affaires…
Ou même de A. qui a été virée de chez elle à cause de ses choix d’orientation sexuelle et qui n’arrive pas à trouver d’emploi malgré ses recherches. Qui enchaîne les canapés mais qui là arrive à bout et aimerait gagner de l’argent et s’en sortir.

Des histoires comme ça j’en ai tellement et j’aimerais ne pas en avoir autant pourtant.
Cette maraude c’est la maraude « sauvage », faite de bric et de broc et qui pourtant est faite de tellement d’humanité.
Alors oui tout n’est jamais tout noir ou tout blanc dans la vie. Oui des fois certains ne sont pas dans leur meilleur état mais non c’est loin d’être une généralité.
Ils sont agréables, polis, intéressants, ont parfois envie de parler, reconnaissants et des souvent même, attachants.
Et il est là le problème. C’est qu’on se sent désarmés face à cela. A ses retraités, à ces étrangers venus se sauver de leur pays et qui se retrouvent dans des situations plus que précaires, à ces jeunes perdus, à ces hommes isolés, à ces femmes des rues souvent maltraitées, à ces gens qui n’y arrivent juste plus car ils sont tombés malades, se sont séparés ou ont flanché un jour…

Honnêtement je pourrais vous en parler des heures et pourtant par pudeur j’en parle peu ici mais vraiment, arrêtez de penser que les gens dans la rue ne sont que des stéréotypes.
Que ces personnes sont méchantes ou l’ont cherché.
Je peux vous assurer que je trouve plus d’humanité dans certains des bénéficiaires que dans certaines personnes qui peuvent m’entourer.
Alors clairement, pensez à faire un don aux assos de temps en temps. Si ce n’est pas de l’argent, offrez du temps, nous cherchons régulièrement des gens pour cuisiner le lundi pour la maraude nous par exemple.
On recherche souvent des chaussures, vêtements etc en bon état.
Au lieu de gratter 3€ sur Vinted des fois, donnez les a des gens directement ou à des maraudes.
Pensez aux sous vêtements neuf en dons. Vous n’imaginez pas comme c’est nécessaire pour avoir un peu de dignité.
Bref, renseignez vous et ne stigmatisez pas ♥️

Souvent je réfléchis à comment je pourrais faire plus. Faire mieux. J’essaie d’amener ma pierre même si elle n’est pas grosse mais elle consolide les fondations de la solidarité.
J’espère un jour réussir à utiliser cet endroit de manière positive pour mes copains bénéficiaires. Dans un monde parfait j’aimerais réussir à faire des collaborations pour les habiller, apporter de la nourriture ou que sais je encore. Le temps nous le dira ♥️
Mais aujourd’hui, j’avais besoin de poser quelques mots sur mes maux. Et surtout, je voulais remercier la maraude « sauvage » qui m’a accueillie (dont panic elle est dans les règles, c’est juste une expression) et qui me bouscule parfois mais me permet également des rencontres incroyables côté bénévoles comme bénéficiaires ♥️
Alors prenez soin de vous, prenez conscience de la chance que vous avez et prenez le temps d’aider autour de vous quand vous en avez l’occasion.





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